C4 – La méthode des Guides Spécifiques (à certaines professions ou situations)

Il est conseillé de consulter d’abord la fiche C 1 « Principes généraux et principales méthodes de sensibilisation à l’hygiène et à la santé »

 1) De quoi s’agit-il ?

La méthode des guides spécifiques est l’une des principales méthodes dont les principes généraux ont été exposés dans la fiche C1. Le But de ces méthodes est d’associer et d’impliquer les populations pour un développement sanitaire durable. Cette méthode s’adresse tout particulièrement aux commerçants des zones urbaines ou péri-urbaines mais elle peut être élargie à d’autres professions et aux zones rurales.

 2) Qui utilise surtout ce moyen et depuis quand ?

Ce moyen est utilisé depuis les années 70 dans l’ensemble des pays en développement.

 3) Pourquoi ?

Fournir un accès à l’eau ou à l’assainissement ne suffit pas si la population ne possède pas un minimum de notions d’hygiène et ne s’approprie pas les solutions trouvées pour y parvenir
Il est donc nécessaire d’éveiller, d’éduquer et de responsabiliser les populations concernées aux enjeux relatifs à une gestion saine et durable des problèmes d’hygiène et de santé relatifs à l’eau ou à l’assainissement.
 
Cette fiche explique la mise en œuvre, les avantages et les inconvénients de la méthode des guides spécifiques. Mais le lecteur devra garder à l’esprit que d’autres méthodes existent (notamment celles décrites dans les fiches C1 à C3) ou peuvent être crées et qu’il n’existe pas de méthode universelle : il devra sans cesse chercher à adapter ou à s’inspirer de ces méthodes plutôt que tenter de les appliquer telles-quelles pour apporter une réponse satisfaisante à chaque situation, forcément unique.


Association EAST : guide d’hygiène de boucheries, version Malgache. 

 4) Qui est surtout concerné ? Lieux ou contextes dans lesquels ce moyen parait le mieux adapté

En premier lieu toutes les populations qui n’ont pas un accès satisfaisant à l’eau et à l’assainissement, sans exclure pour autant tous ceux qui l’ont déjà.
A l’origine, de tels programmes ont été créés pour aider des groupes communautaires (villages ruraux, petites villes, …), car il est plus facile d’impliquer un nombre de personnes limitées et membres d’un même groupe ou communauté. Cependant des campagnes de sensibilisation et d’éducation peuvent également être mises en place à de plus grandes échelles.

 5) En quoi consiste ce procédé ? Comment est-il mis en oeuvre ?

Le principe de cette méthode est d’adapter le message de sensibilisation en fonction de la profession des destinataires (bouchers, boulangers, garagistes, vendeurs de fruits, etc…) ou de l’équipement auquel le message fait référence (guide d’utilisation des bornes fontaines, des latrines, etc…).

Le message peut donc être plus ciblé et avoir ainsi plus d’impact, d’autant que le lecteur se sent plus concerné, le message faisant référence soit à sa profession soit à l’équipement qu’il compte utiliser.

Après un bref rappel (deux ou trois lignes) des objectifs du guide, celui-ci peut être constitué de deux parties :

- Une première partie informative et légèrement théorique – sur la législation en vigueur, l’hygiène et les microbes – comportant des exemples et des illustrations concrètes en rapport avec l’objet du guide, profession ou équipement.
- Une deuxième partie plus pratique sur les gestes et les comportements à adopter et ceux à éviter dans le local concerné, au marché ou lors de l’utilisation de l’équipement auquel fait référence le guide.

Il est très important que ces guides comportent un maximum de photos, d’illustrations et comportent des résumé clairs et synthétiques afin d’être compris par le plus grand nombre, notamment par des personnes quasiment analphabètes.

 6) Difficultés particulières et remèdes et/ou précautions éventuelles à prendre

Pour être efficace la durée de la période de sensibilisation doit être d’au moins un an, même si les méthodes peuvent durer bien moins longtemps. Il faut donc former des personnes qui continueront à sensibiliser leurs concitoyens une fois les méthodes menées à leur terme.

Deux points sont fondamentaux pour permettre la réussite des projets. D’une part le comportement des animateurs qui, tout en étant présents, placent la communauté au centre de l’action et des discussions (l’animateur est un facilitateur éclairé). D’autre part, l’élaboration de kits d’outils tenant compte des caractéristiques culturels des communautés et mis à jour et rendu vivant par les animateurs.

 7) Principaux avantages et inconvénients

a) Avantages

1. Les guides étant spécifiques ils ne comportent pas d’informations superflues, le lecteur se sent donc véritablement concerné.
2. Les guides adressés à des professions spécifiques (bouchers, tenanciers de bars, etc…) peuvent comporter certaines informations techniques qui n’auraient pas leur place dans un guide destiné à l’ensemble de la population. Les guides spécifiques sont donc plus complets.

b) Inconvénients

Ces guides ne sont pas totalement adaptés aux personnes analphabètes. Les illustrations nombreuses et pédagogiques sont là pour limiter au plus cet inconvénient.

 8) Coût

Le coût d’une campagne de sensibilisation d’un an est évalué à quelques milliers d’Euros (5000 à 6000 €) pour 10 000 habitants. Par exemple les femmes employées par l’association EAST en Afrique sont rémunérées, compte tenu des faibles niveaux de rémunération locaux, 2 € pour huit jours de travail par mois (elles récurrent les canaux des eaux usées et font également office d’informatrices) et il faut un peu moins de 100 personnes pour une ville de 10 000 habitants.

Bien sûr ce coût peut varier fortement mais on peut retenir l’ordre de grandeur de 1€ pour deux habitants. Ce coût peut devenir plus supportable si l’on obtient des subventions ou si l’on peut retirer des revenus des mesures mises en place. Ainsi le salaire des femmes rémunérées par EAST provient pour partie des revenus issus des latrines publiques installées par l’association.

Il est également important de bien faire attention dans l’élaboration des budgets aux taux d’inflations qui peuvent être très élevés dans certains pays en développement.

 9) Exemple de réalisation

L’association EAST dirigée par le Docteur MONJOUR a élaboré des guides sanitaires spécifiques à destination de certains commerçants à Madagascar. Les images ci-dessous sont extraites de deux d’entre eux, celui destiné aux boucheries et celui destiné aux « gargottes » (les épiceries locales)

Guide d’hygiène des boucheries 



Guide d’hygiène des gargottes


 
10) Observations, recommandations

Ces méthodes ne sont bien évidemment pas des recettes miracles et elles ne sont bien souvent que des outils participant d’une approche plus globale. Il est notamment essentiel avant de commencer un projet de faire effectuer trois enquêtes par des spécialistes :

- Une enquête sur la situation existante : sanitaire, technique, économique (exiger ensuite une participation à la mesure des moyens) et politique (connaître les forces en présence au niveau local, notamment à la mairie).
- Une enquête sur les connaissances de la population, sur son niveau d’éducation.
- Une enquête ethnosociologique sur les pratiques, les habitudes et les comportements de la population.

 11) Où s’adresser pour trouver davantage d’informations - Bibliographie ?

a) Sites Internet

Croix rouge française
« Sensibilisation, information et éducation des publics aux problèmes de l’eau Guide des méthodes »
. Document disponible (en ligne) sur :

http://infodoc.agroparistech.fr/index.php?lvl=publisher_see&id=28208

http://infodoc.agroparistech.fr/ind...
Multimania : Exemples d’utilisation de différentes méthodes participatives en Afrique :
http://membres.multimania.fr/soular...

b) Bibliographie

UNICEF Handbook on Water Quality
New York, 2008
UNICEF_en anglais_ Livret sur la Qualité de l’eau et la promotion de l’HYGIENE _pages 76 à 84_WQ_Handbook_final_signed_16_April_2008

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