E15 - Méthodes à usage familial pour bien conserver l’eau potable à domicile

 1) De quoi s’agit-il ?

De savoir pourquoi et comment une eau réputée saine mais conservée à domicile ou utilisée dans de mauvaises conditions peut devenir non potable et dangereuse.
De présenter les bonnes pratiques à respecter pour conserver dans de bonnes conditions une eau initialement saine à usage familial. Le lecteur ne trouvera donc pas mentionnées les différentes techniques de traitement de l’eau ; il est invité à se référer aux fiches concernées pour ce qui est de ces méthodes.

 2) Qui utilise surtout ce moyen et depuis quand ?

La problématique de la conservation de l’eau à usage domestique est très ancienne mais elle concerne encore de nombreux pays, surtout là où l’arrivée d’eau courant à domicile n’est pas encore assurée. Il faut alors souvent faire de longues marches pour puiser l’eau dans une rivière ou dans un puits, et donc la stocker à domicile car il serait trop contraignant de faire sans arrêt des allers-retours au point d’eau le plus proche.
Cette problématique est d’autant plus importante qu’elle concerne près de trois milliards de personnes qui n’ont pas accès à l’eau au robinet.

 3) Pourquoi ?

Parce qu’elle peut entraîner de nombreuses maladies. Ainsi quatre milliards d’épisodes diarrhéiques se produisent chaque année, dont 88% sont imputables à une eau insalubre mais aussi à de mauvaises conditions d’hygiène et d’assainissement, tant à la source que durant son transport ou à domicile.. Ils sont à l’origine de plus de 1,8 million de morts chaque année, dont la majeure partie concerne des enfants de moins de cinq ans.


Transport et stockage, l’eau peut être contaminé à chaque étape de la chaine - Illustration Fédér.Croix-Rouges

De même, dans de nombreux pays le moustique Aedes qui transmet le virus de la dengue se reproduit dans les petites masses d’eau se trouvant à l’intérieur ou à proximité des habitations. La forme la plus virulente de la maladie – la dengue hémorragique – est très grave. Encore une fois, les enfants sont les plus touchés.


Illustration Cinam. Comment l’eau peut-elle
devenir dangereuse ?

Outre ces deux exemples, la consommation d’une eau insalubre est susceptible de transmettre des gastroentérites, le cholera, etc.

De façon générale, la santé peut être compromise lorsque des bactéries et des virus contaminent l’eau de boisson, notamment lors d’une manipulation non hygiénique au cours de son transport ou à la maison, même si l’eau était initialement salubre. Transporter l’eau dans des récipients sans les avoirs lavés au préalable ou encore ne pas se laver les mains systématiquement avant toute manipulation de l’eau de boisson sont autant d’exemples de ces mauvaises pratiques. C’est pourquoi beaucoup de personnes qui ont accès à des approvisionnements en eau améliorés grâce à des raccordements à des canalisations, des puits protégés ou autres sources améliorées sont en fait exposées à une pollution de l’eau.
Ainsi, plusieurs milliards de personnes sont en réalité concernées par le stockage et l’utilisation de l’eau dans des conditions adéquates, même si elles bénéficient d’un traitement de l’eau.

 4) Qui est surtout concerné ? Lieux ou contextes dans lesquels ce moyen parait le mieux adapté


Corvée d’eau en Afrique

Ces préconisations s’adressent surtout aux foyers n’ayant pas accès à l’eau courante, lesquels habitent surtout dans des zones mal desservies telles que les milieux ruraux et certaines zones périurbaines ou quartiers très défavorisés, mais pas seulement.

 5) En quoi consiste ce procédé ? Comment est-il mis en oeuvre ?

Il s’agit davantage d’une série de bonnes pratiques qui, conjointement, ont pour but d’assurer la conservation de l’eau à usage familial dans de bonnes conditions. Nous considérerons dans ce qui suit que l’eau à stocker est saine, c’est-à-dire qu’elle a subi un traitement préalable.

a) Quel type de récipients utiliser ?


Source : IFRC, Traitement et stockage
de l’eau en situation d’urgence

Il est impératif de stocker l’eau dans un récipient distinct de celui ayant servi à sa collecte ou à son transport.

Pour le stockage, les récipients à ouverture étroite sont de loin les plus recommandables, surtout s’ils sont munis d’un système de fermeture (bouchon, opercule, etc.). Il s’agit principalement de bouteilles ou de bidons. En l’absence de récipient à ouverture étroite, des récipients à ouverture large (de type cruche, seau, etc.) peuvent être utilisés à condition de les couvrir par un couvercle ou un linge propre.

Par ailleurs, des récipients opaques sont préférables (sauf si l’eau a été purifiée par exposition de bouteilles d’eau en plastique aux rayons solaires, auquel cas elle peut y être conservée).

b) Comment utiliser et nettoyer les récipients ?

Dans tous les cas, les récipients doivent être nettoyés régulièrement. L’idéal serait d’appliquer les étapes suivantes :
- remplir un récipient avec de l’eau saine ;
- consommer l’eau qu’il contient jusqu’au bout sans en rajouter entre temps ;
- laver le récipient ;
- le remplir à nouveau.
Une telle méthode nécessite de laver fréquemment le matériel utilisé mais aussi, dans le cas où l’eau contenue dans un récipient viendrait à être contaminée, de ne pas rajouter d’eau saine, ce qui la polluerait.

c) Comment utiliser l’eau ainsi stockée ?

Afin d’éviter la contamination, il est impératif d’éviter tout contact entre l’eau et les mains de l’usager. Les systèmes de louche à manche long ou bien de robinet au fond du récipient sont des solutions parfaitement satisfaisantes. Dans le cas de bouteilles, l’eau peut être directement versée dans des verres ou des tasses propres.

Cette eau doit être utilisée pour la cuisine ou pour la boisson.

Si l’eau non traitée est raisonnablement claire, il n’est a priori pas nécessaire de la traiter avant de l’utiliser pour d’autres usages domestiques tels que la lessive ou la toilette.

d) Quelles bonnes habitudes adopter ?

Il est indispensable de se laver les mains avec du savon avant chaque manipulation de l’eau de consommation. De la même façon, les ustensiles utilisés (récipients de stockage, louche, verres, tasses, etc.) doivent être nettoyés régulièrement et avec soin.

Il est conseillé de conserver l’eau dans un endroit propre, hors de portée des enfants et des animaux. De ce fait, placer les récipients à même le sol est à éviter.

 6) Difficultés particulières et précautions éventuelles à prendre en cas d’eau douteuse

a) Lorsque la potabilité de l’eau est certaine

Les récipients à ouverture étroite sont les plus recommandés pour le stockage de l’eau car les éléments contaminants y entrent plus difficilement. Toutefois, ils sont aussi les plus difficiles à nettoyer : l’usage de pierres de petites tailles ou de goupillons est alors conseillé. Si l’on n’en a pas sur place, il est possible d’en réaliser un en enrobant le bout d’un petit morceau de bois avec un linge propre

L’idéal reste donc de trouver des récipients dont l’ouverture est la moins large possible, tout en permettant un nettoyage aisé.

b) Lorsque l’eau a dû être conservée trop longtemps ou lorsque sa qualité est douteuse

Il convient alors de désinfecter l’eau avant de songer à la consommer. Plusieurs méthodes sont alors disponibles. Nous invitons le lecteur à se référer aux fiches correspondantes rappelées au début. Ce sont essentiellement l’exposition aux rayons UV du soleil, l’ébullition, la chloration ou la filtration sur sable ou sur filtre à céramique.

 7) Principaux avantages et inconvénients

Plus qu’un avantage, cet ensemble de bonnes pratiques constitue une réelle nécessité. Mais elles conduisent à prendre des précautions particulières et peuvent de ce fait paraître trop contraignantes pour les personnes qui ne seraient pas suffisamment informées de leur importance.

 8) Coût

En l’occurrence, les coûts associés à de telles méthodes sont quasi nuls. En effet, il s’agit plus de prendre de bonnes habitudes d’utilisation que de mettre en place des moyens techniques. Les seuls coûts résident dans l’achat éventuel de quelques récipients plus adaptés au stockage de l’eau.

Les coûts liés au nettoyage qui sont négligeables.

Ces investissements peuvent être considérés comme dérisoires en comparaison des frais médicaux et des troubles qu’engendrent les maladies liées à la consommation d’eau insalubre.

 9) Exemple de bonne pratique

Recommandations pour le transport de l’eau peintes
sur les murs de clôture d’un forage au Togo
Photos Sogreah
Homme se lavant les mains

 10) Où s’adresser pour trouver davantage d’informations ?

a) Sites Internet

- L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé-Genève) a publié en 2007 une brochure intéressante de 36 pages : « Combattre les maladies véhiculées par l’eau à la maison », laquelle est disponible en ligne sur : www.who.int/household_water/...

- L’IFRC ( Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge-Genève) (2008). a également publié en 2008 un document intéressant et trés bien illustré de 44 pages expliquant à la fois les bonnes méthodes de stockage et de traitement de l’eau, plus spécifiquement en situation de crise : « Traitement et stockage sûr de l’eau à domicile dans les situations d’urgence » disponible en ligne sur : www.ifrc.org/Global/Publications/disasters/142100-hwt-fr.pdf.

- L’IRC- « Sources nouvelles » (Août 2011) : Court article « Burkina Faso : le transport et le stockage de l’eau, sources de contamination ? » disponible en ligne sur http://www.nouvelles.irc.nl/page/66090

 b) Vidéo

You Tube a diffusé une vidéo de 5’ de l’IFFW (International Foundation for water) « L’eau, source de vie et de désespoir » expliquant sous forme de diaporama, les raisons et conséquences des maladies hydriques disponible en ligne sur http://www.iffwater.com/pages/accue...

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